Médiation : Unicode, un outil au service du multiculturalisme ?

L’utilisation d’Unicode en bibliothèque permet une meilleure gestion des documents multiculturels en tenant compte de leur écriture d’origine : les modes de transcription multiples et le passage nécessaire par une notice en écriture latine laissent progressivement la place à un affichage dans l’écriture d’origine, souvent accompagné d’une translittération en alphabet latin. Au regard de la bibliothéconomie, ce progrès offre un plus grand confort de lecture aux locuteurs, qui n’ont plus besoin de maîtriser différents modes de transcription pour accéder aux documents en langue étrangère et permet l’harmonisation des points d’entrée et le partage de réservoirs de notices : les documents sont ainsi plus faciles à repérer et à localiser. Cette généralisation d’Unicode favorise également le développement d’une politique multiculturelle dans les bibliothèques.

"Passengers read in the streetcar, New Orlean, 1972"

« Passengers read in the streetcar, New Orleans, 1972 ».

Les bibliothèques publiques sont au service des communautés qu’elles desservent : si cet objectif politique donne lieu à des mises en œuvre et des interprétations différentes selon les pays et les traditions politiques, le principe d’une prise en compte de la diversité linguistique et culturelle des populations dans les collections des bibliothèques s’impose progressivement en Europe continentale et dans les pays anglo-saxons. Une politique documentaire multiculturelle cherche ainsi à considérer les attentes et les besoins des minorités issues de l’immigration, des travailleurs migrants et des réfugiés ou des minorités nationales. Cet effort est considéré comme un élément important pour garantir une égalité de services et d’accès à l’information pour l’ensemble de la population d’un lieu donné et comme un instrument efficace d’intégration politique et d’insertion sociale. Pour faire une place à ces groupes, il ne suffit cependant pas de leur offrir des collections qui correspondent à leur langue. Il faut également rendre ces collections disponibles et accessibles par une médiation et une offre de service tenant compte de la langue parlée par ces communautés. Les recommandations élaborées par le groupe de réflexion sur les services aux « populations multiculturelles » de l’IFLA insistent pour que :

– le matériel de bibliothèque soit fourni à chacun dans sa langue de prédilection et en fonction de sa propre culture ;

– les bibliothèques fournissent un service de référence et d’information dans les langues les plus utilisées.

Outre l’acquisition d’une documentation multilingue, cela implique donc une valorisation de ces collections à travers :

– un catalogue en caractères originaux facilement accessible, notamment via un catalogue collectif ;

– la mise à disposition du matériel de bibliothèques (guides, présentations) dans les langues parlées par ces communautés ;

– le développement d’une offre de services, des animations et une signalétique pensés pour ces groupes et répondant à leurs besoins spécifiques.

Dans cette logique, l’intérêt d’Unicode est de permettre aux populations migrantes et aux minorités nationales un accès à la bibliothèque qui ne passe pas impérativement par la médiation de la langue de la société d’accueil. Ces dispositifs facilitent l’accès aux ressources de la bibliothèque pour les migrants de fraîche date, qui maîtrisent mal la langue du pays d’accueil ; ils valorisent également la présence de ces communautés, leur donnant une visibilité culturelle et favorisent ainsi leur intégration et les échanges interculturels. Cette tradition est relativement ancienne et bien acceptée dans les pays anglo-saxons. La bibliothèque du Queens présente ainsi un exemple exceptionnel de politique multiculturelle qui touche aussi bien les collections que les services. Elle est plus récente et discutée en France, où l’acquisition du français est considérée comme un préalable à l’intégration des populations migrantes.

Illustration :

La page des Questions fréquentes de la bibliothèque publique d’Auckland en Nouvelle-Zélande ; outre l’anglais, on trouve dix langues qui visent soient les minorités nationales (les Maoris par exemple), soit les communautés issues de l’immigration. Neuf écritures différentes sont ainsi proposées sur une page codée en UTF-8. Les malvoyants peuvent également écouter chacune de ces versions linguistiques.

Pour aller plus loin :

Principes fondateurs de la bibliothèque multiculturelle

Manifeste de l’IFLA sur la bibliothèque multiculturelle (version française). [en ligne] Consulté le 16 juin 2010.

Les communautés culturelles, directives pour les bibliothèques (2e éd., 1998). [en ligne] Consulté le 16 juin 2010.

Dix raisons pour offrir des services multiculturels en bibliothèque. [en ligne] Consulté le 16 juin 2010.

La place des collections multilingues en bibliothèques : analyses comparatives de l’offre documentaire et des politiques de lecture publique en France et à l’étranger

BOUQUIN-KELLER, Hélène. « Les langues dites d’immigration dans les bibliothèques municipales françaises ». BBF, 2003, n° 5, p. 34-40. [en ligne] Consulté le 15 juin 2010.

GODONOU-DOSSOU, Nelly. L’accueil du public étranger en bibliothèque municipale : le cas de la bibliothèque municipale de Lyon. Villeurbanne : ENSSIB, mémoire d’études DCB, 2002. [en ligne] Consulté le 15 juin 2010.

LAURENCEAU, Amélia. Les Bibliothèques publiques du Québec face à la diversité culturelle. Villeurbanne, ENSSIB, mémoire d’études DCB, 2004. [en ligne] Consulté le 15 juin 2010.

PIRSICH, Volker. « Missions interculturelles des bibliothèques en Allemagne : tendances et perspectives ». BBF, 2009, n° 2, p. 68-71 [en ligne] Consulté le 15 juin 2010.

TACHEAU, Olivier. Bibliothèque publique et multiculturalisme aux États-Unis. Jalons pour repenser la situation française. Villeurbanne : ENSSIB, mémoires d’études DCB, 1997.

TADROS, Ramzi, GHIOLDI, Cécile, ROMANO, Raymond (dir.). Pluralité culturelle en actes. Un nouvel enjeu pour les bibliothèques publiques. Paris : ABF, 2004, 104 p.

e-ci a été mise à disposition au printemps 2005.

Interface professionnelle du SUDOC, WiniBW, présentant une notice  dont les zones sont doublées en chinois

Une notice présentant des zones doublées en chinois, interface professionnelle du SUDOC

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