L’accessibilité multilingue des sites web (1) : lire une page web multi-écritures

La généralisation d’Unicode est encore incomplète et nombre de pages web utilisent encore des codages hétérogènes qui peuvent poser des problèmes d’affichage. Les sites des principales bibliothèques russes, par exemple, utilisent la norme win-1251 pour le codage des caractères cyrilliques (Bibliothèque nationale de Russie à Saint-Pétersbourg et Bibliothèque d’État de Russie à Moscou). L’internaute doit donc s’assurer que les paramètres de son navigateur sont réglés sur la détection automatique des caractères, ou au besoin, modifier lui-même la norme d’affichage.

Sous Firefox : Affichage/Encodage des caractères, puis sélection du jeu de caractères approprié.

Sous Internet Explorer : Affichage/Code puis sélection du jeu de caractères approprié.

Si des problèmes persistent, cela s’explique par l’absence de polices Unicode dans le système de l’ordinateur utilisé, ou bien l’absence de police supportant les caractères de l’écriture recherchée, notamment des polices CJK pour les écritures idéographiques d’Europe orientale. Il faut alors installer les polices appropriées, sous Internet Explorer comme sous Mozilla Firefox, dans le menu Outils/Options/Contenu/Police.

Billet de 1 rouble soviétique de 1961 : dans le cadre central sur fond blanc, la mention « un rouble » en russe est traduite dans les langues principales des différentes républiques de l’URSS
Billet de 1 rouble soviétique de 1961 : dans le cadre central sur fond blanc, la mention « un rouble » en russe est traduite dans les langues principales des différentes républiques de l’URSS.

Pour aller plus loin :

Fiche pratique pour l’affichage de caractères non latins, sur le site du Conseil national de recherches Canada. [en ligne] Consulté le 22 juin 2010.

Fiche pratique de la Bibliothèque du Congrès (en anglais). [en ligne] Consulté le 22 juin 2010.

Précautions particulières pour l’installation de polices Unicode supportant les écritures idéographiques sur le site du Council on East Asian Libraries (en anglais). [en ligne] Consulté le 22 juin 2010.

L’accessibilité multilingue des sites web (2) : construire une page web multilingue

Une page web multilingue doit intégrer des polices supportant les caractères propres à chaque écriture. La police la plus complète est la police Arial MS Unicode. Pour pouvoir jouer des différents jeux typographiques, la programmation devra donc s’assurer que les caractères propres à chaque écriture ou à chaque langue sont inclus dans les polices de caractère qu’il souhaite utiliser.

La page doit également intégrer, dans son architecture, les habitudes de lecture de l’écriture visée : lecture de droite à gauche pour l’hébreu et l’arabe, lecture verticale pour le chinois par exemple. En conséquence, la disposition des différentes cellules pourra être inversée : menu principal à droite et à gauche, transformation de bandeaux horizontaux en colonnes. La norme W3C s’efforce d’harmoniser les pratiques d’internationalisation des pages web pour faciliter la navigation et les conversions, notamment la reconnaissance automatique de l’encodage par les navigateurs.

Forme à imprimer

Forme à imprimer

Pour aller plus loin :

Le site de W3C. Consulté le 22 juin 2010. Voir notamment :

Généralités sur l’encodage

Généralités sur l’encodage en version française

Code des caractères en HTML et CSS

Spécification du codage dans les entêtes HTML

Base de données des glyphes spécifiques aux différentes langues utilisant alphabet latin ou cyrillique. [en ligne] Consulté le 22 juin 2010.

Le site personnel d’Alan Wood, recensant les différents blocs d’Unicode avec pages de tests, conseils et liens vers les polices. [en ligne] Consulté le 22 juin 2010.

Tutoriel sur les principes d’internationalisation des pages web. [en ligne] Consulté le 22 juin 2010.

L’accessibilité multilingue des sites web (3) : vers des URL multi-écritures ?

Si l’encodage du contenu d’une page web et de son intitulé est facilité par la généralisation d’Unicode, les URL (une URL est l’adresse du serveur abritant une page web) n’acceptent que l’alphabet latin, non accentué, car seule la norme ASCII est supportée à ce jour. Mais l’ICANN (Internet Corporation for Assigned Names and Numbers), l’autorité chargée de la gestion des noms de domaine, travaille désormais pour mettre en place des URL correspondant à l’écriture de la page web hébergée (International Domain Names, ou IDN) : ce principe a été voté le 30 octobre 2009 lors du congrès de l’organisation à Séoul, et les premiers enregistrements d’URL en caractères non-latins ont été ouverts en novembre. Mais les difficultés techniques persistent, notamment celles liées à la directionnalité des écritures.

Pour aller plus loin :

Deux articles relatifs au travail de l’ICANN pour l’internationalisation des URL:

« Les adresses web s’ouvrent aux alphabets du monde ». [en ligne] Consulté le 22 juin 2010.

« Cliquez sur وزارة-الأتصالات.مصر ». [en ligne] Consulté le 22 juin 2010.

Documents officiels de l’ICANN sur le sujet :

Internationalized Domain Names. [en ligne] Consulté le 22 juin 2010.

ICANN Bringing the Languages of the World to the Global Internet. [en ligne] Consulté le 22 juin 2010.

La Queens Public Library : un exemple de multilinguisme dans une bibliothèque étrangère

La Queens Public Library, fondée en 1896, correspond au réseau de lecture publique du quartier du Queens dans la ville de New York, une zone très métissée où plus de la moitié des habitants sont nés hors des États-Unis. C’est une des bibliothèques publiques les plus importantes du pays par le nombre de prêts (21 millions en 2007) et le volume des collections (plus de 6 millions de documents). Le réseau comprend un bâtiment central et 62 annexes de quartier. La bibliothèque de Flushing, au cœur du quartier chinois, abrite l’International Resource Center qui rassemble la majorité des collections multilingues sur tous types de supports, imprimés, multimédias, e-books et bases de données de presse, et entretient une base de signets internationaux en lien avec les aires culturelles représentées dans les collections.

Enseignes dans le quartier de Flushing

Cette offre est liée à l’investissement actif de la bibliothèque dans l’accueil des nouveaux migrants depuis 1977, les collections étant intégrées à un large éventail de services et d’animations destinées à favoriser l’intégration et le dialogue entre les différentes communautés. Cet effort s’est d’abord concentré sur la population hispanophone puis s’est élargi aux lecteurs du chinois (1986), du coréen (1991), des langues du sous-continent indien (1996) puis du russe (1998). Dix-neuf autres langues sont également représentées, du polonais au créole.

Les notices du catalogue sont saisies, selon les exemplaires, en translittération, en caractères originaux ou en double affichage, mais les entrées d’index (titre, vedettes d’autorité) permettent de lier ces différents modes de saisie. Le catalogue est interrogeable aussi bien en caractères originaux qu’en translittération romanisée.

Le portail de la bibliothèque est conçu pour faciliter la navigation et l’orientation des lecteurs non-anglophones : le site et le catalogue sont interrogeables à travers six interfaces – en espagnol, en français et créole, en russe, en chinois et en coréen. Dans chacune de ces pages, les lecteurs trouvent notamment des outils de médiation dans leur langue pour utiliser les collections. À l’origine, la conversion du catalogue entre ces systèmes d’écriture était assurée par différents logiciels avant de convertir l’ensemble du catalogue à Unicode.

Une partie du personnel de la bibliothèque est recrutée au sein des communautés non-anglophones, afin d’assurer un travail d’acquisition, de traitement et de valorisation répondant au mieux aux attentes du public. L’évolution démographique de la ville est soigneusement étudiée par la bibliothèque afin d’adapter en permanence les collections et les services en fonction de l’évolution des nouveaux courants migratoires. Afin d’assurer le développement de ces services, des programmes réguliers d’échanges (formation du personnel, développement des collections, partage de technologies) sont menés avec des établissements étrangers, notamment en Chine, en Russie et en Ukraine.

La bibliothèque du Queens constitue ainsi un exemple remarquable de développement multilingue des collections associant la politique documentaire, le traitement des collections, les services, l’évaluation et la communication. Seule ombre au tableau, à l’instar de nombreuses autres bibliothèques publiques américaines et new-yorkaises en particulier, le réseau du Queens doit faire face en 2010 à des coupes budgétaires sans précédent (près de 30% des crédits sont annulés) qui fragilisent considérablement son activité et font peser une lourde incertitude sur la pérennité de cette politique.

Pour aller plus loin :

Le site de la Queens Library.

Le site de la pétition contre les coupes budgétaires auxquelles la bibliothèque doit faire face.

GITNER, Fred J. et ROSENTHAL, Stuart A. « La Queens Library ». BBF, 2007, n° 3, p. 71-77. [en ligne] Consulté le 14 juin 2010.

STRONG, Gary E. « Relever le défi de la diversité à la Queens Library ». BBF, 2002, n° 1, p. 81-85. [en ligne] Consulté le 14 juin 2010.